Önder Senyapili, critique d’art

 

A la manière d’un derviche[1]

D’abord l’Albanie, ensuite la Yougoslavie, ensuite la Turquie, ensuite la France…

D’abord l’Ecole Technique, ensuite l’Académie des Beaux Arts…

D’abord le rouge, ensuite le vert et le noir, ensuite le blanc…

La même spatule depuis les années d’école…

Des maquereaux, des natures mortes, autres thèmes peut-être mais surtout des « têtes », des portraits.

Ces cinq phrases courtes décrivent Ömer Kaleşi. Comme le dit Mehmet Güleryüz, un de ses amis de l’Académie, c’est une artiste « qui ne court pas comme certains le font, devant ses tableaux ».

Ömer ne parle pas de lui-même, ne se vante pas, ne dit pas de mal des autres. Il reste silencieux dans les réunions. Il choisit de ne rien dire même s’il est l’objet d’attaques injustes. Il écoute toujours les critiques avec un sourire qui n’abandonne jamais son visage.

D’après Kaleşi, la vie intérieure d’une personne se reflète sur son visage. C’est pourquoi il peint les portraits. Certains croient qu’il s’agit du portrait d’une femme ou d’un homme ; les autres pensent que ce qu’ils voient c’est le portrait d’un enfant, d’un berger ou d’un derviche.

A mon avis, la meilleure attribution qu’on peut faire à ces portraits c’est celle du « derviche ». Car celui qui peint ces portraits est un homme modeste, tolérant comme un derviche ; il considère l’homme avec beaucoup d’affection et, en fait, il reflète dans ses toiles sa vie intérieure. Car les peintures d’Ömer Kaleşi reflètent une sérénité comparable à celle d’un derviche.

Un derviche c’est un homme qui a compris la complicité, qui a saisi, à travers ses expériences, la futilité des honneurs. C’est pourquoi il est sage et modeste.

Les tableaux d’Ömer Kaleşi sont simples comme la vie d’un derviche. Mais ils sont riches comme l’âme de ce dernier. Leur richesse est dans leur simplicité, ou plutôt, ils exposent une richesse.

Je dois indiquer ceci : Ömer est modeste mais ses tableaux ne le sont pas du tout.

Avec leur simplicité, leurs couleurs, leurs compositions, leurs contrastes et leurs contenus, ils fascinent ceux qui les regardent.


[1]  Texte du catalogue de son exposition, Galerie Sanatyapim, Ankara, 1990.