Alain Bosquet, poète

 

Les têtes d‘Ömer Kalesi

Dans les années récentes, Ömer Kaleşi a peint un grand nombre de têtes. On peut parler, à leur propos, de réalisme convulsif. Ce qui est visible, l‘est avec la plus profonde intensité, comme s‘il avait réussi à capter, avec l‘anatomie, ou bien une âme, ou bien un esprit et une psychologie. Ces têtes existent, pensent, rêvent, se déchirent et se révulsent au plus secret d’elles mêmes. Une fois captée leur densité objective, on devine leurs prolongements subjectifs, voire oniriques. Le traitement n‘est plus alors celui du peintre qui travaille avec minutie. Il déborde, en quelque sorte, sur le gestuel et l‘abstrait, qu‘il intègre aussitôt dans la réalité de l‘expression tangible.

Souvent – presque toujours – ces têtes sont détachées du corps, lequel n‘est donné que de manière allusive. La tête vit toute seule, par elle-même et n‘a pas besoin de ses accessoires, c‘est à dire, précisément le corps auquel elle appartient, mais refuse désormais de lui appartenir. Cet art est d‘une force peu commune. Il est aussi inexorable. Il peut se mesurer aux portraits hantés de Géricault et, plus près de nous, aux visages tumultueux de Bacon. On ne saurait oublier les hantises d‘Ömer Kaleşi.