Luan RAMA, écrivain, ancien ambassadeur

Le message poétique d’Ömer Kalesi

… «Ce n’est pas la première fois que l’œuvre d’un peintre trouve un écho dans les pages d’un livre ou d’une anthologie, comme cela se passe fréquemment avec les grands artistes de l’humanité. L’idée de cette publication à commencé avec Jacques Lacarrière, le poète, l’écrivain et le philosophe français particulièrement passionné par les tableaux de son vieil ami Ömer Kaleşi, par ses derviches et ses bergers et qui, il y a quelques années, inspiré par ces visages «à la fois prosaïques et saints», «où se lit la survie obsédante et presque hallucinée d’une blessure», avait écrit 25 poèmes pour 25 de ses tableaux. C’était évidement un dialogue poétique et intime du poète avec chaque tableau choisi par lui, un dialogue avec les derviches qu’il avait dans sa maison, écrivant  «le berger serein des saisons / et tu contemples au loin le défilé des jours / comme lente caravane aux pâtures du Temps…»

Exactement dans cette même inspiration, d’autres poètes de France, de Turquie, de Macédoine, d’Albanie et de Kosova, amis du peintre, en même temps fins connaisseurs de son œuvre, ont uni leurs voix, dans cet hymne poétique, dramatique et tragique et aussi mystique et divin, parce que, au-delà de la verrière de l’atelier du peintre commence l’espace céleste, cette galaxie où les yeux du peintre souvent méditent à la recherche de ses «têtes», de ses portraits qui viennent toujours d’horizons lointains de sa mémoire et qui sont la quintessence de sa création.

Quant à son individualité, à sa particularité dans la peinture balkanique et à ce qu’il apporte à la peinture européenne par son œuvre, avec ses images des steppes d’Anatolie, ses collines de Kërçova et les montagnes du nord de l’Albanie, Ömer est devenu en même temps une inspiration poétique. Dans cette inspiration se mêlent la verve poétique et l’image, la couleur et l’éloquence de la forme, où toujours est l’univers de l’homme, son histoire, le drame et la jubilation de la vie et le triste souvenir d’une guerre absurde. Là est l’artiste lui-même, avec son vécu, son enfance et ce voyage jusqu’à la deuxième décennie du XXI siècle, c’est le créateur infatigable, ce «travailleur terrible» dont parlait Rimbaud, ce moine de la peinture. Et comme l’écrit Kletnikov, «il y trempe son pinceau / dérobant la braise au ciel incandescent / comme pour enfourner son pain / dans la blancheur de la toile.» Oui, «le pain quotidien» d’Ömer Kaleşi se pétrit sur les feux du rouge avec sa couleur préférée, le pourpre du sang humain.

A l’exposition de janvier 2010, une des grandes expositions de cet artiste  aujourd’hui à Paris, dans le salon «anti-chambre», au centre, on remarquait un tableau de la série « têtes dans les paniers»: une tête de profil avec un œil particulièrement vigilant. C’était l’autoportrait d’Ömer. Il te semblait que sur ces têtes nombreuses qui remplissaient les trois salons, Ömer veillait comme un berger surveille son troupeau. L’espace d’un instant tu imaginais ces têtes de bergers, de derviches et de paysans des Balkans qui suivaient leur berger éternel, ce descendant de Homère, tous marchant sur le Boulevard Arago vers la Place des Gobelins. Et puis, là-bas, la rue vers la grande porte de la Mairie, Place d’Italie.

Quinze poètes de différents pays de l’Europe, honorent de leur langue et de leur verve poétique l’œuvre de cet artiste pour qui l’art est la seule patrie, en s’unissant à la fin du livre à trois essais de l’écrivain Gil Jouanard, ami du peintre. Il n’y a que des tableaux et des mots, et étonnamment, les mots des poètes ont pris quelque chose du pourpureus d’Ömer…